Je ne suis pas le seul

Depuis quelque temps, je n’ai plus le cœur à écrire. Pourtant, on pourrait croire qu’il y a de la matière. N’avons nous pas un nouveau président, tout nouveau tout beau? N’y a-t-il pas eu des attentats en Angleterre? Ne nous annonce-t-on pas des réformes et -conséquence obligée- des mouvements sociaux? Ne sommes-nous pas en pleine campagne pour renouveler notre Assemblée Nationale? Les nouveaux ministres ne traînent-ils pas des casseroles? Le président américain ne fait-il pas ce qu’il avait annoncé?

Et pourtant comme Jacques Etienne, comme la Mouette et sans doute comme beaucoup d’autres blogueurs, je ne pense pas que ce qui précède mérite un billet.

Parce qu’en fait, il n’y a rien de nouveau. Le président préside, les médias l’encensent, la campagne des législatives est, comme toutes celles qui l’ont précédée, lamentable, alors qu’en France, les attentats ont été commis par des Français, en Angleterre, ils l’ont été par des Britanniques (on ne se méfiera jamais assez des Français et des Britanniques) et le président américain n’est qu’un Amerloque.

Et le prochain attentat ne fera qu’accentuer ma lassitude en confirmant que ce monde est devenu routinier.

Avec qui voulez-vous lutter?

Notre enfant prodige (pas prodigue, j’espère) montre ses muscles, muscles sur lesquels je ne serais pas étonné de voir des tatouages du genre de ceux qu’arboraient les bat’d’af.

A près avoir victorieusement résisté à la poigne trumpienne, voilà-t-y pas qu’il fait dire à ses radios afin que ses sujets n’en ignorent rien, que Poutine doit s’attendre à trouver face à lui un président français couillu. Un type qui ne fera « aucune concession » et décidé à établir « un rapport de force ».

Vladimir est prévenu: il vient à Versailles pour se faire engueuler et recevoir quelques leçons de politique intérieure et extérieure. Tu parles d’un diplomate, ce petit Macron!

Moi, je serais le président russe, je participerais aux festivités, je dégusterais le déjeuner, visiterais le château, me promènerais dans les jardins et annoncerais que, puisqu’on n’envisage pas de discuter avec moi, sitôt avalé le café, fait la bise à la bourgeoise et réclamé l’addition, je rentre chez moi.

Mais pour qui se prend-il ce Macron?

Contorsions de la bien-pensance culturelle

Supposons qu’un de vos amis soit assassiné par des Anglais. Irez-vous pour autant faire un stage en Syrie chez Daech? Et, au retour, vous ferez-vous exploser à la sortie d’un concert pour ados? Sans doute pas.

C’est pourtant ce qu’a fait celui qui a perpétré l’attentat de Manchester. Et c’est l’explication et implicitement l’excuse que France-Culture lui trouvait ce matin.
France-Culture qui ouvrait son journal sur les conséquences de l’attentat. Quelles conséquences? Les vingt-deux morts, le deuil de leurs familles, les dizaines de blessés qui subiront les séquelles et les rescapés traumatisés? Que nenni!

Les conséquences sur les musulmans qui vivent à Manchester! Ils vivent dans un quartier « multiculturel », nous dit-on, où l’on trouve « des Indiens, des Pakistanais et des Arabes ». Y trouve-t-on des Anglais? On ne nous le dit pas. Et tous ces musulmans souffrent. Ils ont peur d’être stigmatisés. Les femmes voilées sentent comme une hostilité à leur égard et répugnent à aller « dans les quartiers anglais » (il semble qu’il en reste).

Au cas où, vilains islamophobes que vous êtes!, vous ne seriez pas encore persuadés que les premières victimes de l’attentat islamiste de Manchester ne sont pas les morts et les blessés mais les musulmans, écoutez la radio d’Etat.

 

Modernité, ruralité, fiscalité

La déclaration d’impôts par internet, c’est l’avenir. Dommage qu’une grande partie des campagnes vive encore dans le passé. Entre autres choses (nombreuses) en ce qui concerne internet.

Hier, séance fiscale. C’était censé être simple et rapide, ce fut lent et compliqué. La connexion se perdait toutes les trente secondes pour ne se rétablir que pendant un laps de temps pouvant varier entre deux minutes et dix secondes. Juste le temps de s’énerver.

Un appel à Orange m’a confirmé qu’il y avait déjà quelques temps qu’il y avait « des problèmes sur ma ligne » sans que le dit Orange ait jugé utile d’y remédier tout seul.

Après un « test » qui confirma la chose, la « conseillère » me demanda de libérer ma ligne fixe et de lui donner mon numéro de portable pour qu’elle puisse m’informer de la suite dans les cinq minutes. Hélas! Le réseau n’est pas toujours accessible dans l’endroit où j’habite et elle n’a pas pu me rappeler. Heureusement, elle a fini par me joindre (sur le fixe) un peu avant huit heures du soir pour me dire qu’elle m’envoyait un SMS m’annonçant la visite d’un technicien pour le lendemain, c’est à dire aujourd’hui.

Espérons qu’il trouvera la maison!

Car notre adresse est mystérieuse. Pour les Télécom, nous habitons un lieu dit dont personne autour de nous n’a jamais entendu parler. Tous les essais de rectification ont échoué.

Pour les services fiscaux dont l’ordinateur répertorie toutes les rues de toutes les villes et villages de France, celui qui n’habite pas un appartement dans un bâtiment A, B ou C, sis dans une rue pourvue de numéros est déjà suspect. Il faut insister pour indiquer qu’on habite un lieu dit. A condition que ce lieu dit soit dans l’ordinateur. S’il n’y est pas, on finit par se résoudre à en choisir un au hasard dans les lieux dits proposés tout en sachant qu’il se trouve à quelques kilomètres de chez soi ou -ce qui arrive- nulle part.

Vous croyez que Macron va régler tout ça?

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J’aurais pu faire un billet sur l’attentat de Manchester. Mais qu’en dire de nouveau? Il a été perpétré par un « Britannique » (chez nous on dirait par un Français), « récemment radicalisé », « timide et réservé » et « bien connu des services de sécurité ». Vous avez déjà entendu ça quelque part.

Après l’attentat, on a « relevé le niveau d’alerte » en passant de « grave à trop tard critique » et on a « fermement, vigoureusement, etc » condamné. Ajoutez là dessus quelques condoléances officielles, de nombreuses bougies, des nounours, des dessins et des fleurs et on se tourne vers l’avenir, c’est à dire le prochain attentat.

Cet attentat ne fera réfléchir personne en haut lieu. Le prochain non plus. Il y a des choses auxquelles il vaut mieux ne pas penser quand on est au pouvoir.

Gardons le moral, pas la morale

C’est parti pour l’opération de communication! Le bon peuple est prié d’admirer, de se réjouir et de se dire que les choses changent. Grâce à qui? Mais grâce à notre nouveau wonder boy, le bon, le beau et bientôt le grand président Macron, pardi!

René Dosière vient de proposer douze mesures pour « moraliser la vie publique ». Les guillemets sont de rigueur car, si ces mesures semblent de bon sens, elles n’en demeurent pas moins des règles qui n’ont que de lointains rapports avec la morale.

Si nos politiciens étaient « vêtus de probité candide » et -sinon de lin blanc- du moins de costumes payés de leurs deniers, ils n’auraient pas besoin qu’on leur explique ce qu’est la rectitude morale.

Etablir des règles qu’on assortit de l’adjectif « morales », c’est admettre qu’ils ignorent ce qu’est la morale, pour tout dire qu’ils sont ou sont susceptibles d’être malhonnêtes.

Certes, certains comportements leur seront interdits mais, s’ils ne sont pas « moraux », qui leur interdira de tourner ces règles et de contourner les barrières?

Deux exemples: l’interdiction des emplois familiaux peut-être aisément tournée. Il suffit que le député Machin engage le fils du sénateur Bidule comme assistant parlementaire, lequel se fera un plaisir de choisir comme secrétaire la fille de Machin.

Quant au cumul des mandats dans le temps (pas plus de trois mandats identiques, dit-on), on ne change rien. On passe de maire à conseiller général, puis à député et -pour finir, quand l’âge vient et qu’il est temps de se faire élire sénateur – on appuie fortement la candidature de son fils ou de sa fille à une élection qui sera gagnée d’avance compte tenu de tous les ascenseurs qu’on attend de se voir renvoyer.

Je laisse à votre imagination et à celle de nos élus, le soin, tout en respectant ces nouvelles règles, de trouver de nouveaux moyens de continuer de profiter des avantages annexes de leur fonction et au besoin d’en inventer de nouveaux.

PS: Après le commentaire du Dr WO, je répète que c’est à l’électeur de donner ou non sa voix à un candidat dont il suspecte la malhonnêteté. Je sais qu’un élu jouit de l’immunité pendant son mandat pour le protéger d’attaques de ses adversaires. Edicter des règles qui permettraient de le sanctionner en cas de manquement, même si les sanctions viennent de ses pairs, contreviendrait à cette immunité.

Ouette ennesi

En voilà un beau gouvernement! Un peu de ci, un peu de ça, une dose de parité, un peu de diversité, quelques renvois d’ascenseur et tout le monde est content. Enfin, pas tout à fait: même si un bon tiers de députés sortants ne se représente pas, les partis qui veulent exister présenteront des candidats. Et là on va rigoler.

Quand ils seront élus, les socialistes hollandistes s’opposeront-ils à Le Drian, le Républicains à Le Maire, les Modem à Bayrou etc?

Belle manœvre de Macron qui sème la pagaille dans l’ancien système pour en recrée un nouveau à sa convenance. Il a tout pour réussir dans la politique traditionnelle, ce jeune homme.

Mais il oublie certains dossiers, la montée de l’Islam (je sais, je me répète), les revendications diverses et variées portées par les habitués des arts de la rue: Mélenchon, Laurent, Martinez, Besancenot et leurs joyeux compagnons. Il y en a d’autres.

La rentrée promet d’être intéressante.

Profitons donc du beau temps en attendant.