Gardons le moral, pas la morale

C’est parti pour l’opération de communication! Le bon peuple est prié d’admirer, de se réjouir et de se dire que les choses changent. Grâce à qui? Mais grâce à notre nouveau wonder boy, le bon, le beau et bientôt le grand président Macron, pardi!

René Dosière vient de proposer douze mesures pour « moraliser la vie publique ». Les guillemets sont de rigueur car, si ces mesures semblent de bon sens, elles n’en demeurent pas moins des règles qui n’ont que de lointains rapports avec la morale.

Si nos politiciens étaient « vêtus de probité candide » et -sinon de lin blanc- du moins de costumes payés de leurs deniers, ils n’auraient pas besoin qu’on leur explique ce qu’est la rectitude morale.

Etablir des règles qu’on assortit de l’adjectif « morales », c’est admettre qu’ils ignorent ce qu’est la morale, pour tout dire qu’ils sont ou sont susceptibles d’être malhonnêtes.

Certes, certains comportements leur seront interdits mais, s’ils ne sont pas « moraux », qui leur interdira de tourner ces règles et de contourner les barrières?

Deux exemples: l’interdiction des emplois familiaux peut-être aisément tournée. Il suffit que le député Machin engage le fils du sénateur Bidule comme assistant parlementaire, lequel se fera un plaisir de choisir comme secrétaire la fille de Machin.

Quant au cumul des mandats dans le temps (pas plus de trois mandats identiques, dit-on), on ne change rien. On passe de maire à conseiller général, puis à député et -pour finir, quand l’âge vient et qu’il est temps de se faire élire sénateur – on appuie fortement la candidature de son fils ou de sa fille à une élection qui sera gagnée d’avance compte tenu de tous les ascenseurs qu’on attend de se voir renvoyer.

Je laisse à votre imagination et à celle de nos élus, le soin, tout en respectant ces nouvelles règles, de trouver de nouveaux moyens de continuer de profiter des avantages annexes de leur fonction et au besoin d’en inventer de nouveaux.

PS: Après le commentaire du Dr WO, je répète que c’est à l’électeur de donner ou non sa voix à un candidat dont il suspecte la malhonnêteté. Je sais qu’un élu jouit de l’immunité pendant son mandat pour le protéger d’attaques de ses adversaires. Edicter des règles qui permettraient de le sanctionner en cas de manquement, même si les sanctions viennent de ses pairs, contreviendrait à cette immunité.

Ouette ennesi

En voilà un beau gouvernement! Un peu de ci, un peu de ça, une dose de parité, un peu de diversité, quelques renvois d’ascenseur et tout le monde est content. Enfin, pas tout à fait: même si un bon tiers de députés sortants ne se représente pas, les partis qui veulent exister présenteront des candidats. Et là on va rigoler.

Quand ils seront élus, les socialistes hollandistes s’opposeront-ils à Le Drian, le Républicains à Le Maire, les Modem à Bayrou etc?

Belle manœvre de Macron qui sème la pagaille dans l’ancien système pour en recrée un nouveau à sa convenance. Il a tout pour réussir dans la politique traditionnelle, ce jeune homme.

Mais il oublie certains dossiers, la montée de l’Islam (je sais, je me répète), les revendications diverses et variées portées par les habitués des arts de la rue: Mélenchon, Laurent, Martinez, Besancenot et leurs joyeux compagnons. Il y en a d’autres.

La rentrée promet d’être intéressante.

Profitons donc du beau temps en attendant.

 

Un lendemain qui chante

Pas une fausse note! Pendant la journée d’hier, notre nouveau président a promené tantôt son air sérieux (il faut quand même qu’il s’entraîne encore un peu pour la bouche à l’envers), tantôt son petit sourire en coin qui proclame: « Je vous ai bien eus; vous ne vous attendiez pas à celle-là ».

Sa république est en marche, nous font savoir les médias unanimes, et le vingt-et-unième siècle a pour de bon commencé. On s’extasie sur le nombre de jeunes énarques qui vont l’entourer, nouveaux maréchaux de ce Bonaparte qui vient sous nos yeux de devenir Napoléon et qui portent leurs diplômes comme autant de bicornes emplumés.

Leur marche triomphale ne s’interrompt que devant les micros des radios du matin où ils nous font bénéficier de quelques échantillons d’une langue de bois nouvelle manière qui cite le nom du président dans chaque phrase.

Nul doute que Macron réussira ce qu’il va entreprendre. Entreprendra-t-il ce que je souhaiterais lui voir faire? Tirerai-je profit de ses succès? Je suis sceptique pour ne pas dire pessimiste.

En marche et au pas!

Voilà Macron président! Et il en profite, le bougre! Ça doit le faire rigoler de voir la pagaille qu’il a mise dans la classe politicienne qui le regardait de haut il y a encore quelques semaines. Maintenant, on se bouscule pour être accepté dans le cortège qui suivra Emmanuel quitte à manger son chapeau et à promette d’être non seulement En Marche mais en plus de marcher au pas.

Il se venge, le petit Emmanuel, il fait la fine bouche devant les offres de services de ceux qui craignent de perdre leur siège à l’Assemblée. Et il se régale.

Pauvre Valls et pauvre Bruno Le Maire qui « ne correspondent pas aux critères » et à qui on le fait savoir publiquement pour que tout le monde puisse se moquer d’eux! Ce n’est pas tout de les faire s’aplatir et mendier une place dans le rang, il faut encore la leur refuser avec cette formule qu’on trouve le plus souvent dans les réponses standard aux lettres de candidatures de ceux qui ont fait leur temps mais espèrent quand même quitter les fichiers de Pôle Emploi.

En bonne logique, Valls devrait être viré du PS et Le Maire des Républicains pour se retrouver à la rue. Si Macron voulait leur faire boire le calice jusqu’à la lie, il annoncerait qu’il y aura toujours pour eux un bol de soupe à la cuisine de l’Elysée. Et, s’ils la ramènent, pourquoi pas un petit contrôle fiscal?

Je cite Pépère pour mémoire mais il fait rire lui aussi en donnant l’impression de courir après son ancien ministre de l’économie pour figurer à côté de lui sur la photo! Il n’est pas à croquer?

Un peu mesquin, le jeune Macron, non?

La France contre

Il y a ceux qui ont voté pour Macron par conviction.

Il y a ceux qui ont voté Le Pen pour la même raison.

Mais il y a aussi ceux qui ont voté Macron pour ne pas voter Le Pen, ceux qui ont voté Le Pen pour ne pas voter Macron, ceux qui se sont abstenus ou qui ont voté blanc pour une foule de raisons dont celle de refuser à la fois Macron et Le Pen, ceux qui ont voté blanc parce qu’ils jugeaient que le système électoral n’était qu’une parodie de démocratie dans laquelle les jeux étaient fait à l’avance et les décisions prises par d’autres qu’eux et ceux qui ont voté nul parce qu’ils pensaient la même chose que les précédents.

Tout ça, ça fait beaucoup. Combien exactement? On ne sait pas.

Toujours est-il que nous avons un président, qu’il faudra faire avec, qu’on va avoir largement le temps de le juger et que c’est au pied du mur qu’on verra le Macron.

Mais ça n’empêche pas les révoltés permanents, les agités compulsifs, les mécontents de tout et même de n’importe quoi, conduits par les révolutionnaires professionnels et les contestataires subventionnés d’exhorter leurs troupes à descendre dans la rue. Pourquoi? Comme ça, pour le plaisir, parce qu’il fait beau et pour contester le nouveau président, son programme et les intentions qu’on lui prête.

Les mêmes, si leur candidat avait été élu, auraient chanté les louanges de la démocratie et du suffrage universel et auraient une nouvelle fois, comme André Laignel après l’élection de Mitterrand, déclaré aux perdants: « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires ».

Ça, c’est la France.

Un suspense beaucoup trop soutenable

Ces jours derniers, je ne suis pas allé visiter mes blogs favoris et n’ai écouté que les infos du matin à la radio: juste pour savoir si nous n’avions pas été frappés par une catastrophe digne de concurrencer le duel Macron-Le Pen.

Pourquoi? Vous avez deviné: cette campagne me gonfle au-delà de l’overdose. Les jeux sont faits et malgré la dramatisation (j’ai entendu ce matin une allusion aux « heures les plus sombres de notre histoire »), je sais, vous savez, les journalistes et les politiques savent que (sauf infarctus en direct ou attentat de dernière minute) Macron sera le prochain président.

Alors, je me réserve pour après. J’ai l’impression que nous aurons matière à bloguer.

PS: Le débat de ce soir? Et puis quoi encore?