La rançon du progrès

Les pêches que je mange, cueillies du matin sont parfaitement mûres, juteuses et parfumées. Elles viennent d’un verger qui est à moins de dix kilomètres de chez moi.

Les pêches que je trouve (mais que je n’achète pas) dans la grande surface où je fais mes courses, sortent d’un camion réfrigéré, elles sont dures, acides et très loin d’être mûres. En fait, elles ne mûriront jamais. Tout au plus ramolliront-elles. Et pourtant, elles viennent de la même exploitation que celles dont je me régale.

La différence? Les premières me sont données par mon voisin qui va les chercher « à la benne » chez le producteur qui est un sien cousin.

« A la benne? Quelle benne? », me demandez-vous.

Que je vous explique: la cueillette du matin est triée avant d’être disposée dans des cagettes et chargée dans les camions frigorifiques qui vont approvisionner les grandes surfaces des environs ou qui seront chargés sur des bateaux avant de rejoindre Rungis.

Les pêches mûres, les délicieuses pêches, les pêches qui m’emplissent la bouche de leur jus sucré et le nez de leur parfum ne supporteraient pas le voyage et les manipulations. Elles sont donc exclues de la vente, données à quelques amis ou vendues à bas prix à des entreprises qui en font des confitures. Le reste va à la décharge.

Ces pêches sont trop bonnes pour être vendues.

PS: je vous parle des pêches. J’aurais pu vous parler des abricots dont la saison s’est terminée il y a quelques jours.

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26 réflexions sur “La rançon du progrès

  1. Lebuchard courroucé 9 août 2016 / 16 h 07 min

    Excellent !!!
    Tellement vrai !
    D’autres sont tellement compétents qu’ils ne peuvent être dirigeants de services de la fonction publique ou dirigeants politiques…
    Ils sont par ailleurs moins juteux me dit-on !… C’est Trierweiler qui le dit…

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      • Pangloss 9 août 2016 / 16 h 40 min

        Bonne vadrouille!

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      • Lebuchard courroucé 9 août 2016 / 18 h 15 min

        Merci !
        Et à Beaune, la vadrouille est de circonstance et se doit d’être grande !
        Ceci dit, l’Hôtel-Dieu est une splendeur et sa visite fut un vrai plaisir !! Les enfants ont d’ailleurs tout suivi attentivement avec les audio-guides.

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      • Pangloss 9 août 2016 / 18 h 20 min

        J’aime les touristes. Je déteste les vacanciers.

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    • Pangloss 9 août 2016 / 16 h 39 min

      Si c’est elle qui le dit …

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  2. Ô Bonheur des Dames ! 9 août 2016 / 17 h 05 min

    Je me souviens de ces fruits qui jonchaient le sol au coeur de l’été. Moi aussi, je m’en régalais. Qu’on vous les « donne » ne me choque pas ; il en a toujours été ainsi. En revanche, je n’arrive pas à me faire à ceux qu’on nous vend sur les étals, tout droits sortis de la chambre froide, insipides et durs comme de la pierre. Le bizness avant tout, diront certains. Mais peut-être avons-nous exigé trop de règlementation(s) pour préserver notre santé ? Les fruits ne nous rendent plus malades… parce que nous n’en mangeons plus tant ils sont mauvais. Et ne parlons pas de leur coût. Vous mangez des fruits locaux. Les nôtres viennent… de ne je ne sais même pas où !

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    • Pangloss 9 août 2016 / 17 h 15 min

      Ce n’est pas un problème de réglementation, seulement de pognon. Cela coûte moins cher de transporter des fruits qui n’ont pas eu le temps de murir. Cela coûte moins cher de centraliser les produits à Rungis etc. Sur les marchés de mon enfance, en région parisienne, les fruits étaient mûrs. Les consommateurs devraient protester et boycotter les abricots encore verts, les fraises acides, les pèches aussi dures que les patates crues etc.
      On arrive à des aberrations: on vend de mauvais fruits et on jette les bons! Ou, en pleine saison chez moi, ces fraises ou ces tomates qu’on vend au super-marché et qui viennent de Belgique!

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      • Lebuchard courroucé 9 août 2016 / 18 h 25 min

        Vous avez raison tous les deux !
        Pognon et réglementation (et recherche) sanitaire abusive.
        À force de traiter, de sélectionner des variétés non-contaminables ou de ralentir le mûrissement pour le transport,…
        Il est très juste (et trop tristement vrai) d’écrire : « les fruits ne nous rendent plus malades… parce que nous n’en mangeons plus » !!!
        Sans parler de l’influence insidieuse et néfaste du style de vie amerloque et son régime alimentaire degueulasse…

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      • Pangloss 9 août 2016 / 18 h 55 min

        Les nouvelles générations de citadins n’ont connu que les fruits « modernes ». Ils pensent que les abricots sont verts en partie, qu’ils croquent et qu’ils sont acides. Comme de nombreux autres fruits. J’ai vu sur un marché un vendeur faire goûter de ces abricots ou de ces fraises aux clients en leur assurant que ces fruits étaient mûrs.

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      • Lebuchard courroucé 9 août 2016 / 19 h 48 min

        Les fruits « modernes »… j’adore !!!… Oui, l’ignorance de l’ancien monde, de l’autre France que j’ai un peu connu (suis de 72).
        Misère…

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      • Pangloss 9 août 2016 / 19 h 59 min

        J’ai un peu plus de trente ans de plus que vous. Et il s’en est passé des choses en trente ans!

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      • Lebuchard courroucé 9 août 2016 / 19 h 52 min

        Par ignorance de cette époque, j’entends parler de ce qui est un fruit (mur si possible), ce qu’est un arbre fruitier,… Certains citadins ne savent même pas qu’un artichaud pousse un peu en hauteur sur une tige coriace.

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      • Pangloss 9 août 2016 / 19 h 59 min

        Ni que c’est une superbe fleur!

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  3. Dr WO 9 août 2016 / 19 h 39 min

    Et bien pour ce qui concerne les abricots et même les pêches, je ne suis pas déçu par la plupart des fruits que je consomme à Paris. Par contre les tomates sont sans aucun goût.

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    • Pangloss 9 août 2016 / 19 h 58 min

      Vous avez de la chance pour les abricots. Les tomates industrielles ne valent pas celles qu’on fait pousser soi-même. Même sur un balcon!

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  4. Souris donc 9 août 2016 / 20 h 44 min

    Le pire est qu’en province, les supermarchés poussent et les petits commerçants ferment. Donc vous êtes environné de champs, de serres, de vaches et de moutons, lesquels vont droit à Rungis. Et vous, vous n’avez pas d’autre choix que le rayon fruits-légumes standardisé du supermarché.
    Quand je vais à Paris, je suis émerveillée par la qualité, fruits et légumes, et fromages.
    Ceci dit, je fais pousser mes fraises et mes tomates, les voisins me donnent les produits de leur potager, les œufs et les champignons (uniquement quand ils en ont trop). En échange : apéro.

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    • Pangloss 10 août 2016 / 6 h 40 min

      Le supermarché n’a ma clientèle que pour le café, le sucre, la lessive etc. Pour les fruits et légumes, la moitié résulte d’échanges avec les voisins et l’autre moitié vient d’un petit producteur local. On fait des conserves pour l’hiver et nous ne consommons que des produits de saison.

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  5. BOUTFIL 9 août 2016 / 21 h 31 min

    Nous allons chez le  » chinois » sur le Trottoir d’en face, ses fruits et lègumes sont très bons mais très chers, nous n’en achetons pas beaucoup ,les vieux mangent moins….certaines années nous n’achetons pas certaines , cette année pas de cerises,trop chères, dans mon enfance, on trouvait encore de bons fruits bien mûrs, là où il y a des HLM et des tours aujourd’hui, il y avait encore des vergers, même à Paris, juste derrrière ce qui n’étais pas le périf, j’ai l’impression que cette France là est si lointaine ! pourtant c’est l’affaire de 40 ans !

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    • Pangloss 10 août 2016 / 6 h 41 min

      Moi aussi, je me souviens des vergers de banlieue et des murs contre lesquels poussaient des arbres fruitiers taillés en espalier.

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    • Souris donc 10 août 2016 / 7 h 05 min

      Stains, Dugny et Pierrefitte étaient des zones de maraîchage, avant qu’on y fasse pousser des tours.

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      • Souris donc 10 août 2016 / 7 h 05 min

        …et que ça devienne la zone tout court.

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      • Pangloss 10 août 2016 / 10 h 05 min

        C’est la différence entre la civilisation et le progrès.

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      • Pangloss 10 août 2016 / 10 h 04 min

        je m’en souviens

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  6. nouratinbis 10 août 2016 / 15 h 37 min

    Trop bonnes pour être vendues!
    Comment avons nous pu atteindre ce degré de connerie? Ah, oui, j’oubliais : c’est le progrès!
    Bonne soirée.

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    • Pangloss 10 août 2016 / 16 h 36 min

      Il n’y a aucune raison que ce degré de connerie n’ait été atteint que dans ce domaine. Ce qui explique bien des choses. On pourrait dire, par exemple, « trop bon pour être élu ».
      Amicalement.

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