Ni fraîche ni joyeuse (12)

« Le matin à 6 heures, le 1er juillet. Brouillard opaque. 7 heures 30. Attaque. Nous sautons le parapet sans émotion. En 10 minutes, nous sommes au bois. 20 minutes d’arrêt dans les tranchées de la Varlope ou plutôt de ce qui en reste. Voici des prisonniers, jeunes pour la plupart, étonnés de se trouver vivants. Le major en panse un et les autres prennent confiance. Quel enfer pour eux que ce bombardement! Nous arrivons à la lisière du bois dans le PC du commandant et du téléphone. Il y a un commandant blessé et son ordonnance. De tous côtés, des prisonniers. Pas de perte ou presque. Nous fouillons les PC mais il n’y a personne. Restons dans le boyau. Notre objectif est atteint. Je vais à la 4ème section avec le capitaine à travers bois. De tous côtés des entonnoirs. C’est un chaos. Hardécourt disparaît sous les obus. Ce ne sont plus que des ruines informes. Je reviens au boyau vanné. Le soir nous changeons de guitoune. Allons dans un PC en bas du bois, spacieux mais très sale. A 21 heures, les Allemands débouchent de la crête et Konsbruck tire à la pièce. Je dirige le tir à la jumelle pour plus de sécurité. Déclenchement du tir de barrage à 22 heures. Je pars à la 4ème au ravitaillement avec Nardon. Arrivés au sommet, un 77 fusant nous arrose. Ma capote est déchirée, ma veste et ma chemise aussi et je saigne au coude. Ce n’est rien. Nardon est blessé dans le dos. Sous la violence du choc, nous avons roulé dans un trou d’obus. Je me relève ahuri et entraîne Nardon hors de la zone de tir. Je pars avec la 4ème  à travers la plaine défoncée. Comment des hommes auraient pu tenir dans ce bouleversement formidable? Arrive au ravitaillement. Retour par la route et le secteur anglais. Il est une heure le 2/7. Je tombe une dizaine de fois et ne suis pas de bonne humeur. Traverse les lignes parallèlement à l’ancien front, arrive au bois sans nom. Bombardement du bois de Maricourt par de gros obus. Nous sommes perdus pendant trois longues heures, nous errons de trou en trou  et , au petit jour, arrivons au bois d’en-haut. Je reste seul avec Laurent. Les autres sont perdus. Remarque quelques cadavres et des blessés que, par négligence, le service sanitaire n’a pas évacués. De 22heures à 4 heures, je ne tiens plus de fatigue. 6 heures, Cunières est blessé gravement. Les Allemands sont à Hardécourt et tirent à la cible. Nous creusons un boyau et un pare-éclats. La journée se passe sans autre incident qu’une chute d’avion franco-anglais en flammes dans les lignes ennemies. Pendant ce temps les marmites françaises tombent sur Hardécourt. Il est 20 heures 30. Vers 22heures, bombardement par obus de gros calibre et obus lacrymogènes. Je pleure sans pouvoir me consoler de mes malheurs. Toute la nuit, le silence est troublé par d’incessantes fusillades et des tirs de barrage. Enfin la nuit se passe sans incident grave. Nous sommes le 3 juillet à 17 heures La relève se fait ce soir. C’est la noce!. A 22 heures je pars chercher le 160ème arrivé pile à 22 heures 50. Le régiment arrive à 3 heures. Le 4, nous sommes transis. La pluie tombe. Je fais la relève en vitesse et rattrape la compagnie à Maricourt. Arrivé à Suzanne. Dors jusqu’à 18 heures. Le soir, couche dans un fossé couvert d’une toile avec Mazuel. Je me réveille glacé. Départ à 12 heures en vélo pour Vaux. Voyage sans incident notable. Retour. Je casse ma chaîne. Fais 11 km à pied. Arrive à 24 heures 30. Je me lève à 8 heures. Pars à la cuisine à 9 heures en side-car. Retour à 12 heures. Nous remontons aux tranchées ce soir. Contre-ordre. Nous ne partons plus.  « 

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4 réflexions sur “Ni fraîche ni joyeuse (12)

    • Pangloss 20 juin 2015 / 9 h 32 min

      Merci ô fidèle lectrice.
      Bonne journée.

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      • ZAZA RAMBETTE 20 juin 2015 / 20 h 08 min

        C’est tout de même dommage que tes autres lecteurs ne s’intéressent pas à ce récit très réel ! L’histoire vécue d’un mec qui y laissera sa peau pour des stratégies politiques qui sont toujours d’actualité de nos jours ! Allez mon Pangloss, bonne nuit.

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      • Pangloss 20 juin 2015 / 20 h 25 min

        Détrompe-toi! J’ai des lecteurs fidèles pour cette chronique. Sur le autres sujets, plus proches de l’acrualité, l’essentiel des lecteurs viennent le jour de la parution. Quelques une les jours suivants. Pour ces carnets du soldat, la lecture est plus étalée dans le temps. On remonte « aux chapitres précédents ». Mais c’est bientôt la fin.
        Bonne soirée.

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