Ni fraîche ni joyeuse (11)

« Enfin voici le K6, boyau sauveur. Nous respirons. Sommes sans domicile; heureusement des copains nous font une place assis entre leurs jambes. Ils sont dans un long couloir boisé et cette multitude d’hommes qui s’interpellent et s’agitent dans cette ombre fait songer aux scènes russes de Gorki ou de Tolstoï. Je pars en avant par la 11ème division (?) pour chercher un chemin plus sûr. J’en trouve un très propre et vais à l’aventure. Sur la route, je rencontre un copain artilleur au 8ème. Il me montre les asphyxiants et m’explique le mécanisme du 75 et tire devant moi sur C…. Quels heureux à côté de nous!

La cuisine arrive. Je dîne et fais les distributions. Il est 23 heures 30. Pendant que je sers le café, un 77 arrive à 2 mètres et m’éclabousse n’éclatant pas. Quelle débandade! Je reste seul au robinet. Un autre arrive et éclate plus loin. 2 autres arrivent tout près mais n’éclatent pas. Seuls le cuistot, moi et 2 ou 3 autres restent. Nous repartons dans la boue et sous la pluie.

Il est 1 heure le 29. Nous prenons le boyau Barossa après quelques altercations et pataugeons dans l’eau jusqu’aux genoux dans les boyaux inondés. Les camarades répugnent à prendre la parallèle 2. Nous prenons un boyau conduisant en première ligne à demi-éboulé et restons enlisés dans la boue. Le fourrier gémit sur nos malheurs communs. Tout le monde est désespéré.

De temps en temps, il nous faut réveiller des copains pour passer tellement le chemin est étroit et nous répétons inlassablement: « Eh! Vieux! Réveille toi! Ravitaillement! ». Après une heure de marche, nous arrivons, je me couche sans manger et dors assis dans les jambes des camarades.

Le lendemain ou plutôt dans la journée, nous observons le tir d’artillerie. Quelle chose épouvantable! Les obus tout noirs arrivent à la tranchée adverse et soulèvent des nuages de terre.

Le soir, je pars au ravitaillement avec Laplace. Arrivés sur la route de Maricourt, des fusants de 105 éclatent. Nous restons 3 sur la route: Laplace, moi et un brancardier. Ravitaillement sans histoire.

Le 30 au matin, les Allemands nous bombardent avec de nouvelles pièces. Des grosses!  La terre tremble. Mauvais présage pour l’attaque. Enfin, qui vivra verra. En attendant, je suis rompu, étant resté 24 heures dans un escalier étroit. L’après-midi, nous allons au ravitaillement à Suzanne. Revenons en auto avec nos ustensiles.

L’attaque est pour demain. Le bombardement s’intensifie.« 

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4 réflexions sur “Ni fraîche ni joyeuse (11)

  1. Dr WO 19 juin 2015 / 16 h 24 min

    Finalement l’horreur était assez technique.

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    • Pangloss 19 juin 2015 / 16 h 51 min

      La boue, la pluie et la mort sont de tous les temps.

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  2. ZAZA RAMBETTE 19 juin 2015 / 18 h 34 min

    Cela laisse présager d’une fin douloureuse mon Pangloss. Bonne soirée. ZAZA

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    • Pangloss 19 juin 2015 / 19 h 26 min

      On s’y dirige. Encore quelques jours.
      Bonne soirée.

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