Ni fraîche ni joyeuse (9)

Le dernier article a eu beaucoup de lecteurs en provenance du Royaume-Uni. Est-ce parce qu’on y voit, par les yeux d’un soldat, les préparatifs de la bataille de la Somme dans laquelle les Britanniques ont été fortement impliqués aux côtés des Français et où ils ont subi des pertes énormes?

« 17 juin. Je passe topographe. Je relève à la boussole le plan des tranchées de chez nous et la direction de tir des pièces. Nombreux kilomètres dans les boyaux. Le soir, ravitaillement. Toujours sans nouvelles depuis le 10!!! Ravitaillement à 22heures. Les convois automobiles viennent à Maricourt! A 600 mètres des lignes.

18 matin. Bombardements de part et d’autre. Résultat inconnu. L’après-midi, je vais à la lisière du bois dessiner le panorama du champ clos Hardecourt, Combres etc. Au bout d’un certain moment, je suis reçu à coups de fusil. L’avertissement me suffit. Au retour, j’apprends que l’attaque est décidée pour ces jours-ci. Charmant. Objectif: Bois d’en Haut et Hardécourt. Y resterai-je? Je ne sais. Et toujours pas de nouvelles.

Combat entre avions à 2 000 mètres entre un Aviatik et un Anglais. Le Boche cède et a l’air touché.

19 juin. Rien à signaler sauf que je suis sans domicile, ma guitoune étant démolie pour faire une sape. Dans l’après-midi, une note urgente arrive: « Saisir Le Radical du 18 juin; article « l’heure décisive »; rendre compte ». C’est le bouquet! La censure vient fourrer son nez aux tranchées de première ligne.

20 juin. J’ai dormi sur un matelas en bois et inconfortablement. Dans le bois, le travail continue inlassablement. Vers 14 heures, l’artillerie descend le clocher d’Hardécourt. En représailles, ils envoient des 150 sur le patelin et tuent des Anglais.

21 juin. 14 heures rien à signaler: le bombardement s’accentue et donne un avant goût de ce que vont être les prochains jours. Les travaux continuent. Promenade dans le bois de Maricourt. Je vais aux lignes par les champs.

Le 22. Je fais le dessin d’Hardecourt et aussitôt rentré …. pour le campement je pars avec le fourrier. Nous allons à Suzanne. Dans le ravin, guitounes creusées dans la craie, spacieuses mais sombres. Je vais à Bray. Pas mal de poussière et toujours des convois.  Et dire que le but est de tuer, c’est charmant! Retour au campement. Distributions. Engueulade du capitaine. G…. se fait écraser le pied; par accident? Quelle souffrance pour un …….! Je reçois une lettre.

23. Je pars à 15 heures « chercher glass bier » pour ces Messieurs. Promenade de 28 km. Je vais à Bray, Etinhem, Chipilly. Partout des canons et des camions. Retour à 20 heures.

24 juin. Je pars le matin à Cerisy. Promenade en camion, prolonge etc. Acrobatie de véhicule en véhicule. Je reviens à 15 heures vanné avec de la graisse et du vin.

25. Je pars en vélo à Amiens en route, remarqué …… Comme écran du grillage garni de branches feuillues. Ingéniosité anglaise. Je compte 50 avions ensemble et 14 Dracken. Je rentre vanné. 80 km.  Et 30 kilos au retour par les routes où la poussière est reine. A mon retour, j’apprends la descente d’une saucisse par des avions. Nous buvons le Cointreau et je me couche vaseux! »

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2 réflexions sur “Ni fraîche ni joyeuse (9)

  1. ZAZA RAMBETTE 17 juin 2015 / 9 h 04 min

    C’est possible que les anglais soient sensibilisés à la lecture de ces carnets. Il faut dire qu’il on laissé des plumes ! Bonne journée l’ami. ZAZA

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    • Pangloss 17 juin 2015 / 10 h 08 min

      On en parle dans la suite.
      Bonne journée.

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