Ni fraîche ni joyeuse (8)

« 14 juin 1916. Départ à 4 heures de Vaire-sous-Corbie, passé par Hamel, Morcourt et arrivée à Méricourt. Nous retournons au secteur. Pas mal de boue sur la route. Nous restons dans ce dernier village pour l’instant. Pays assez important, population militaire, de tous côtés des troupes. Là, nous couchons sous la tente. La route est sillonnée en tous sens par de convois peints couleur nature!

15 juin. Je pars à 12 heures en voiturette avec Laurent acheter des haricots. Promenade manquant de charme sur ce véhicule peu confortable. Passé à Morcourt, Cerisy, de là à N… et Villers Bretonneux. 28km. Défense de passer sur les grandes routes tellement la circulation est intense.

Retour à Maricourt à 18 heures, la compagnie envolée. Je pars avec Laurent pour Bray-sur Somme. Partout, des obus et des approvisionnements. Arrivée à Bray. Curieux village. Population hétéroclite, mélange de gendarmes, civils, Anglais et poilus. Les rues sont animées comme le Boulevard à 17 heures. Pas de dégâts au pays, seules quelques maisons brûlées. Je retrouve la cuisine et Biguet. Je pars avec lui pour Maricourt. En sortant du village, nous montons dans une prolonge anglaise. Quels conducteurs sur cette route encombrée! Ils font une course, passant entre les voitures, les caissons et les troupes. De tous les côtés, du matériel, c’est formidable. On sent le finale.

A un certain moment, notre conducteur veut passer en tête et nous assistons à un match entre deux voitures roulant au galop des chevaux sur une route où la place est mesurée à chacun. Je rejoins la compagnie à Suzanne et continue vers Maricourt. Nous sommes encore dans un fer à cheval. Le pays est à moitié détruit et toutes les maisons sont garnies de sacs à terre d’épaisseur respectable. Là, nous retrouvons les guides du 146ème. Ils ont eu une surprise le 14 qui leur a coûté 12 tués et 36 blessés. Il y a 20 francs à gagner par prisonnier par ordre du général Balfourier. Prime de viande!

Nous couchons dans une sape profonde, serrés outre mesure sur des planches. Laplace me rentre ses genoux dans les côtes et Maigret m’empêche de respirer. A part cela, je dors très bien.

16 juin matin. Promenade à Maricourt. C’est curieux, les Allemands sont à 500 mètres et tout le monde se promène dans le village. Dans le bois, à 200 mètres des premières lignes, situation identique. Les boyaux sont pavés en briques. De tous côtés des tanchées: Liverpool street, Main avenue, Barossa avenue, Trafalgar square, Picadilly circus, nous voici à Londres. Quelques arbres broyés mais en somme secteur tranquille.

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L’après-midi, je dors sans souci étendu au soleil et je fais le lézard!

Vers 17 heures, je vais aux sections en ligne. La 1ère section est à 150 mètres des lignes allemandes. Derrière, à 1 000 mètres, nous voyons Hardécourt, de la 4ème, nous voyons le Bois Favière, la Briquetterie de M …. Les tranchées boches ne montrent qu’un amas de terre informe. Pas un coup de canon. Le soir, les mitrailleuses balaient la ligne pour empêcher de travailler aux réseaux »

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2 réflexions sur “Ni fraîche ni joyeuse (8)

  1. ZAZA RAMBETTE 16 juin 2015 / 11 h 25 min

    J’en ai des frissons Pangloss ! et ce terme  » 20 francs à gagner par prisonnier par ordre du général Balfourier. Prime de viande! » Cela donnait la dimension de cette boucherie. Bonne journée mon ami !

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    • Pangloss 16 juin 2015 / 11 h 58 min

      Tu as relevé l’essentiel Le ton employé par ce soldat minimise l’horreur mais cette expression, comme tu dis, donne le frisson.
      Bonne journée.

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