Ni fraîche ni joyeuse (5)

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 » … Le déplacement de la section s’opère sans encombre sauf quelques copains qui ne sont pas contents et qui rouspètent sans savoir pourquoi. La vue des cadavres les calme un peu. Rien de tel pour avoir les idées nettes.

Je m’en retourne au clair de lune parmi les bois déchiquetés et dans les champs boursouflés et creusés. La nature souffre de l’homme-bourreau.

Le 13/4 à 10 heures 30, le capitaine m’envoie chercher le topo du lieutenant. A moi, le bonheur! Premier acte: un échantillon de schrapnell N°105 made in Germany et comment se cacher? Une saucisse est là comme l’oeil de Caïn. Je suis gibier. Enfin j’arrive au bois ou plutôt à ce qui en reste. Accompagnement de 77. Les incidents de ce genre ne me sourient guère. Après 30 minutes de cache-cache, j’arrive à la 4ème pour remplir ma mission et je repars. Et la fête recommence; dans les éclaircies: coups de fusil, dans les bois: obus. Je passe sans arrêt de la station debout à la station couchée. Entre temps, je cueille quelques violettes; Elles me seront précieuses plus tard! Pas gymnastique à travers la plaine. Je n’ai pas froid. La sensation d’augmenter le chiffre des malheureux couchés dans le chemin me donne des ailes. Je ne brille guère.
Retour à la cagna. Ouf! Je respire.
Le soir vers 20 heures, promenade sentimentale avec le capitaine et le lieutenant Sauvageot. Voyage sans histoire, retour de même. Bien dormi.

Le 13/4 … nous allons cueillir un bouquet pour l’anniversaire du capitaine. Présentation, remerciements, congratulations. Petit speech par le camarade Brulhard. Vin bouché. Je trinque à la fin de la guerre. C’est couleur locale. Résultat: nous avons gagné le vin bouché pour la compagnie. La fête s’est passée avec, comme orchestre, les obus qui nous arrosent. A 20 heures, ravitaillement sans histoire, retour à 23 heures. A 3 heures, réveil par d’Aleyac pour aller à la 3ème section. J’y cours et me recouche. Bien dormi. Monsieur se lève, il est dix heures. Rien à faire dans la journée. Le capitaine fait chanter Brulhard et me fait réciter mes monologues. Ensuite, dessin de la guitoune par ordre du capitaine. Il est enchanté.

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6 réflexions sur “Ni fraîche ni joyeuse (5)

  1. mamedjo 13 juin 2015 / 16 h 44 min

    c’est décidément captivant ton ruc , et j’apprécie le dessin, as tu des traces des monologues de ce Monsieur ?
    bonne soirée

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    • Pangloss 13 juin 2015 / 16 h 54 min

      Oui, c’est captivant. J’espère que c’est apprécié parce je m’écorche les yeux sur ces photocopies.
      Les monologues? Non. Je ne sais rien de lui sinon qu’il était un lointain cousin par alliance d’un lointain cousin par alliance.

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  2. mamedjo 13 juin 2015 / 16 h 45 min

    pas question de ruc mais de truc bien sur …quelle gourde je suis !
    vale !

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    • Pangloss 13 juin 2015 / 16 h 55 min

      C’est l’heure du « t ».
      Vale!

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  3. ZAZA RAMBETTE 13 juin 2015 / 20 h 07 min

    Captivant mon Pangloss, je viens de lire d’un seul trait le N° 4 et le N° 5 Merci pour cette retranscription. Bonne soirée. ZAZA

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    • Pangloss 13 juin 2015 / 20 h 31 min

      Merci à toi. Savoir que c’est lu me fait plaisir. Cela aide à se souvenir des horreurs de cette guerre.
      Bonne soirée.

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