La liberté à l’envers

Dans le JDD, on nous rappelle que Philippe Val qui fut, au temps de l’affaire des caricatures de Mahomet, directeur de Charlie-Hebdo est en permanence protégé par des gendarmes et des policiers (ceux qu’ont appelle ailleurs des « forces de l’ordre »). Il est condamné à mort par des islamistes, nous dit-on, et de nouvelles menaces circulent sur le net.

On se souvient que la tuerie de Charlie-Hebdo a été commise parce que des islamistes n’avaient toujours pas digéré ces caricatures.

On se souvient aussi qu’au moment où éclatait cette affaire, nombre de musulmans (pas d’islamistes, de musulmans « normaux ») laissaient entendre que les victimes ne l’avaient pas volé. Et il ne serait pas difficile d’en trouver encore beaucoup parmi les musulmans modérément fanatiques pour penser la même chose. Il ne serait pas plus difficile d’en trouver aujourd’hui qui approuvent la condamnation à mort qui frappe Philippe Val. Et, sans faire trop d’efforts, on en trouverait certainement qui le prêchent autre part que sur le Dark-net.

Tout ça pour dire qu’il y a chez nous des gens qui sont libres comme l’air, qui ne sont menacés par personne et qui, par leur seule présence sourcilleuse exercent une menace implicite et bien réelle sur la liberté d’expression inséparable de la liberté tout court.

Dans une démocratie courageuse, la Police ne devrait pas avoir à protéger Philippe Val. Ce sont ceux qui approuvent la menace dont il est l’objet qui devraient se sentir traqués.

Il y a quelques années, j’ai pu voir dans la presse la photo d’un capomafioso entouré de policiers cagoulés. Un journaliste italien avait commenté: « Un pays est bien malade quand ceux  qui doivent porter un masque, ce ne sont pas les bandits mais les policiers. »

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Macron aux bains de maires*

Macron s’est déjà rendu en Normandie puis en Occitanie pour rencontrer des maires. On nous annonce qu’il va ainsi parcourir la France jusqu’à la fin mars. Ça doit coûter « un pognon de dingue », cette itinérance.

Ces maires qu’il a boudés et froissés il y a peu en dédaignant de se rendre à leur congrès, comme il l’avait pourtant promis, aujourd’hui, il les caresse dans le sens du poil et se dit prêt à leur promettre de la considération assortie de décentralisation. Les maires, bien polis, propres sur eux et cravatés pour l’occasion ont été sous le charme. C’est du moins ce qu’on nous dit à la télé. Ce qu’on ne nous dit pas, c’est pourquoi il va rencontrer les maires et fait refouler les gilets jaunes loin des salles où il se produit. Après tout, ce sont les gilets jaunes qui ont manifesté, pas les maires.

Jusqu’à cette minute, la manifestation des gilets jaunes à Paris est pacifique. On peut regretter qu’en France, les revendications ne sont prises au sérieux que quand on casse des vitrines, qu’on incendie des poubelles et qu’il y a des blessés de part et d’autre. Si tout se déroule dans le calme, c’est comme quand on va à la messe: on fait des prières, on exprime des demandes et on rentre chez soi Grosjean comme devant. A ce rythme, entre l’opération de com’ de Macron et la non-violence des manifestants, la contestation va s’étioler.

Benalla est mis en examen pour l’utilisation frauduleuse de ses passeports. Comme je le supposais, il aura beau jeu lundi prochain de refuser de répondre aux questions de la commission sénatoriale sur ces passeports en arguant de l’instruction judiciaire en cours.

On lui a imposé un contrôle judiciaire. Pas deux fois par jour ni tous les jours ni même une fois par semaine mais une fois par mois. On en fait du chemin en un mois! Même sans passeport diplomatique.

Je ne contredirai pas ceux qui pensent qu’on se paie leur tête .

*formule empruntée au Grincheux grave.

L’ingratitude du ventre sera punie

Chantal Jouanno ayant émis des doutes sur l’objectivité du grand débat a refusé de l’organiser. On a donc publié le montant de sa rémunération.

Jacques Toubon a demandé qu’on retire aux forces de l’ordre les flash-ball et autres lanceurs de trucs à défoncer la tronche. On a donc publié le montant de sa rémunération et -puisqu’on y était- de ses retraites.

Avis aux privilégiés de la République, occupants de placards dorés, titulaires de sinécures, membres de comités et d’observatoires: « Si vous êtes tentés de manifester un quelconque opposition, fermez vos gueules! ».

Public Sénat, mieux que Rire et Chansons

D’abord parce que, pendant les auditions devant la commission sénatoriale d’hier, il n’y a pas eu de chanson et ensuite parce que les sketches étaient inédits. On a vu et entendu le chef de cabinet de l’Elysée et le ministre des Affaires étrangères se produire en direct devant la commission sénatoriale, dans une nouvelle interprétation de « C’est pas moi, c’est l’autre », de « Je n’étais pas au courant » et « Il y a eu des dysfonctionnements dans mes services » (précédemment intitulé « On n’est pas aidé »).

Il semble que les gens qui sont censés nous gouverner, aussi bien les sénateurs que ceux qu’ils auditionnent sous serment, apprennent par le Canard enchaîné et Mediapart, les sujets sur lesquels les premiers doivent poser des questions et sur lesquels les seconds auront à répondre. C’est assez maladroit pour nous faire rigoler.

Tout cela donne l’impression d’un pull-over qui se détricote et sur lequel chacun essaie d’arrêter les mailles qui filent.

Cette fois encore, on n’aura pas la réponse à ces questions: comment ce type à réussi à se glisser si près du pouvoir? Est-ce un escroc minable, une barbouze, un favori, l’agent d’une puissance étrangère? L’Elysée est-il la victime de Benalla ou son commanditaire pour on ne sait quelles opérations secrètes?

Nouvelle du jour: Benalla est en garde à vue pour ces histoires de passeports diplomatiques. Sa prochaine audition est prévue pour lundi. Pourra-t-il arguer d’une procédure judiciaire en cours pour ne pas répondre à certaines questions? Ce serait, en ce cas une astucieuse manœuvre dilatoire de l’Elysée.

Cette affaire Benalla va finir par nous faire oublier le grand débat. Ce grand débat qui devait nous faire oublier tout le reste.

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A propose de rire et de chansons, connaissez-vous Max Raabe, chanteur qui fait dans le rétro avec un humour pince-sans rire et un certain talent? Une fois par an, Arte diffuse un de ses concerts.

https://www.youtube.com/watch?v=eDA_CQDLE6Y

RIC, démagogie et enfumage

Le Referendum d’Initiative Citoyenne est, nous dit-on, une des revendications des gilets jaunes et, au delà d’eux, d’une bonne partie de l’opinion.

Cela semble une bonne idée de donner au peuple la possibilité d’influer sur la conduite des affaires publiques. On parle de démocratie directe ou de démocratie participative et ces mots apparaissent comme le sésame qui ouvrira la porte du paradis.

La mise en œuvre du RIC pose cependant problèmes. Celui de l’initiative, celui de la question (ou des questions) qu’on soumettra au vote, celui de l’application de la décision. Et d’autres encore qui apparaîtront au fur et à mesure du déroulement.

On peut craindre la multiplication des propositions de questions soumises à referendum, on peut craindre aussi que sur les mêmes sujets, il y ait des propositions opposées, très ou peu différentes. Laquelle choisira-t-on et qui choisira?

Un exemple: la chasse. Sujet Ô combien sensible! Mais tous les sujets sont sensibles, n’est-ce pas?

L’un peut proposer que l’on y mette un coup d’arrêt définitif et total, un autre peut proposer qu’elle soit laissée à la responsabilité des chasseurs, un autre  demander l’interdiction de certains types de chasse (chasse à courre, chasse à la glu, chasse avec appelants), un autre demander qu’on interdise le piégeage et la chasse sous terre, un autre restreindre les périodes de l’année, un autre exiger que l’on interdise la chasse aux migrateurs, un autre demander que le braconnage soit plus sévèrement puni etc etc etc. Et bien sûr toutes les propositions contraires.

Par quel moyen proposer les questions soumises à un éventuel referendum? Qui serait chargé de les recevoir? Dans quel délai organiser une consultation? Avec quels moyens financiers? Et comment mettra-t-on en œuvre le résultat? Un vote à l’Assemblée alors qu’on sait que la grande majorité des Français est hostile à la chasse et que le lobby des chasseurs est bien représenté à l’Assemblée (toutes tendances confondues)?

Quelle serait la question posée à l’occasion d’un RIC?

J’aurais pu choisir l’immigration comme exemple. Blocage total, quotas, renvoi des délinquants, ouverture à certaines populations et pas à d’autres etc.

Ce RIC me paraît une fausse bonne idée. Bonne mais quasiment impossible à mettre en application. Dommage!

Une ébauche de solution me vient à l’esprit: que ce soient les candidats aux législatives (à la demande de leurs électeurs, pourquoi pas? ou en conformité avec leur idéologie ou leurs principes) qui s’engagent, s’ils sont élus a organiser ou a faire organiser un RIC sur les sujets qu’on leur a proposés. Ce RIC serait organisé même si le député en question n’appartient pas à la majorité.

Tout ça est bien compliqué, mon bon Monsieur. Allez, patron, remettez-nous ça.

Débarnaque

Dès le départ, l’affaire est biaisée. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un « débat », c’est à dire de la rencontre entre gens d’opinions différentes qui vont chacun défendre la leur.

Or, ce qu’on essaie de nous vendre en affectant de ne pas avoir lu le mot « débat », c’est autre chose: une plate-forme qui recueillera les revendications des gens qui sont insatisfaits.

Ceux qui sont contents, ceux qui s’estiment privilégiés, ceux qui ont voté Macron et le referaient aujourd’hui n’ont rien demandé. Ils n’ont pas manifesté dans la rue, ne se sont pas faits matraquer (et plus si affinités) et n’ont pas enfilé un gilet jaune. Ils n’ont rien à dire, rien à demander, aucun sujet de se plaindre.

Ils ne peuvent qu’opposer aux gilets jaunes et à ceux qui les soutiennent, l’expression de leur satisfaction macroniste,

Je refuse de « débattre ». Qu’on recueille simplement les revendications. Et on verra bien comment elles seront reçues.